La mémoire traumatique
Quand l’époque elle-même devient traumatique
Comme un chuchotement de vous à moi, cher(e)s lecteurs, lectrices…CLAIRE RIVAGES.
Notre époque fatigue les liens. Elle réveille ce qui n’a jamais été apaisé et pousse à s’accrocher pour ne pas tomber. Entre mémoire traumatique et dépendance affective, il y a ce même besoin silencieux : être tenu sans se perdre.
Quand l’art dit l’indicible.
Meilleurs vents et joyeuses résistances pour cette année 2026…
Nous ne sommes pas tenus de nous laisser sidérer par nos blessures collectives, nous sommes des êtres de lumières, quelque soit l’ombre qui plane sur notre société aliénée et conditionnée par des normes qui n’apprivoisent pas la transformation et l’adaptation créative mais la sidération et l’ultra-sécurisé.

Dans Le Désespéré, Gustave Courbet se peint les yeux écarquillés, les mains agrippant son visage, comme si le monde intérieur menaçait de se dissoudre sous la pression de ce qui ne peut plus être contenu. Ce tableau, bien qu’ancien, résonne avec une acuité troublante avec ce que traverse notre époque.
Nous vivons dans un climat de tension permanente : accélération du temps, insécurité diffuse, surcharge émotionnelle, effondrements symboliques, ruptures de repères. Les stimulis émotionnels collectifs est en état d’alerte. L’époque, elle aussi, porte une mémoire traumatique en cours de formation.
Ce que Courbet donne à voir, ce n’est pas seulement le désespoir d’un homme, mais l’instant où l’intérieur déborde, où l’angoisse n’a plus d’extérieur où se déposer. Le regard affolé, presque suppliant, semble chercher un point d’ancrage, un lien, un regard qui contiendrait l’effondrement.
C’est précisément là que le traumatisme collectif rejoint le traumatisme individuel.
Lorsque l’environnement devient insécure, imprévisible ou menaçant, les mémoires traumatiques anciennes se réactivent. Ce qui n’a pas été réparé revient au premier plan. Le besoin de lien s’intensifie, parfois jusqu’à devenir vital. La dépendance affective peut alors se renforcer, non comme un choix, mais comme une tentative de survie psychique dans un monde perçu comme instable.
Dans ce contexte, s’éloigner de l’ambiance actuelle ne signifie pas se couper du monde, mais refuser de rester immergé dans un climat qui entretient l’hypervigilance, la peur de perdre, la confusion émotionnelle. Pour cette nouvelle année, il devient essentiel de créer des espaces de ralentissement, de sécurité et de retour à soi, afin que le lien à l’autre ne soit plus une réponse à la peur, mais un choix conscient.
Le travail sur la mémoire traumatique permet précisément cela : différencier le danger réel du danger mémorisé, apaiser le système nerveux, restaurer une base intérieure suffisamment stable pour ne plus chercher à l’extérieur ce qui manque à l’intérieur.
À l’image du regard de Courbet, figé dans l’urgence, l’accompagnement vise à permettre un autre mouvement : celui où les mains peuvent se desserrer, où le regard se recentre, où le lien cesse d’être un dernier recours pour devenir une rencontre possible.

De la mémoire traumatique à la dépendance affective… il n’y a qu’une rive
Il existe des chemins intérieurs que l’on emprunte sans en avoir conscience. Des chemins façonnés par l’histoire, par les liens premiers, par ce qui n’a pas pu être dit, entendu ou accueilli. La dépendance affective fait partie de ces chemins silencieux. Elle n’est ni un défaut, ni une faiblesse. Elle est souvent l’expression d’une mémoire traumatique encore active.
J’accompagne des personnes qui cherchent à comprendre pourquoi aimer fait parfois si mal, pourquoi la relation devient un lieu d’angoisse plutôt que de sécurité. Très souvent, une même rive apparaît : celle de la mémoire traumatique.
Quand l’art dit l’indicible

Depuis toujours, les grands peintres ont tenté de mettre en images ce qui ne pouvait être dit avec des mots : la blessure intérieure, la peur de l’abandon, la perte de soi dans le lien.
Certaines œuvres résonnent profondément avec la mémoire traumatique et la dépendance affective, car elles donnent forme à cette expérience universelle de séparation, de manque et de quête de reconnaissance.
On peut penser aux corps tourmentés d’Edvard Munch, où l’angoisse de la perte et la peur du rejet traversent chaque ligne. À Fuseli, qui peint la blessure, la solitude et la fragmentation du soi avec une intensité brute, sans détour. Ou encore aux figures de James Ensor où se cachent entre les masques le vraie visage du peintre.
Ces œuvres ne racontent pas une faiblesse, mais une tentative de survivre à l’insécurité affective. Elles témoignent de ce moment où le lien devient vital, où l’on s’accroche pour ne pas disparaître.
L’art, comme le travail thérapeutique, offre alors un espace de symbolisation : ce qui était vécu dans la confusion peut enfin être vu, reconnu, et peu à peu transformé.
La mémoire traumatique : une trace vivante

La mémoire traumatique ne relève pas seulement du souvenir. Elle est une empreinte inscrite dans le corps, dans notre mémoire, dans nos émotions. Elle est souvent attachée à nos peurs irrationnelles, elle nous fait chavirer, et surtout elle est comme un abcès qui ne cesse d’enfler, petit à petit le pue s’écoule et se réinfecte dés lors, nous naviguons sans boussole, nous pensons que nous sommes comme un cœur blessé, où se cache le souvenir caché d’un début d’enfance « blanche », oubliée semble-t-il, acceptée à bas mots….
Que faire de cette expérience brulante, pensez, réfléchir, tel « le penseur de Rodin », crier à qui ne veut l’entendre cette insécurité, cet abandon, cette absence, présence de peurs qui font naitre la confusion qui nous renverse du coté non pas vers la rive joyeuse à soi mais vers une course effrénée pour survivre et ne pas mourir.
Et là commence ce va et vient des spirales infernales, toujours plus fortes, plus rapprochées et on espère que la raison nous guérira… Que nenni ! Les émotions sont à vif et nous renvoie l’écho de nos pensées les plus destructrices.
Chaque jour, ressemble à un combat titanesque, il faudrait être un Dieu pour gagner cette guerre intérieure qui se joue entre l’ombre et la lumière, la vie et la survie, la solitude et la multitude.
Face à cette mémoire traumatique, nous sommes nus, fragiles.
Le passé a peut-être laissé sa marque, mais il ne vous définit pas, aucune raison de vivre une vie austère. Un avenir radieux peut encore se former, Un nouveau chapitre peut naître.
La dépendance affective : quand le lien devient vital
La dépendance affective n’est pas un trop-plein d’amour. Elle est souvent une peur profonde de la rupture du lien.
Elle peut se traduire par :
- la peur constante d’être abandonnée,
- le besoin excessif de réassurance,
- la difficulté à poser des limites,
- l’oubli de soi au profit de l’autre.
Derrière ces comportements, il y a bien souvent une mémoire traumatique activée. L’autre devient inconsciemment une source de sécurité extérieure, indispensable, parce que la sécurité intérieure n’a pas pu se construire durablement.
Une seule rive : la peur de perdre le lien
De la mémoire traumatique à la dépendance affective, il n’y a qu’une rive : celle de la peur de perdre le lien.
Le système nerveux, marqué par une insécurité ancienne, confond séparation et danger. Il ne distingue plus le présent du passé. Il réagit comme si chaque distance, chaque silence, chaque conflit risquait de raviver une blessure originelle.
Ce n’est pas un choix conscient. C’est une response adaptative.
Pourquoi les mêmes schémas se répètent-ils ?

La mémoire traumatique cherche à se réparer. Elle pousse à revivre des situations connues, dans l’espoir inconscient qu’elles prennent enfin une autre issue.
C’est ainsi que l’on peut se retrouver attiré·e par des relations déséquilibrées, indisponibles ou insécurisantes, tout en ayant l’impression de ne pas pouvoir partir.
La répétition n’est pas une fatalité, mais un signal.
La peinture de Ensor, nous montre tous les masques derrière lesquels nous nous cachons, reflets aux multiples facette d’une douleur unique, originelle symbolisée par le visage du peintre. Cette multitude de masques déformés qui brouillent l’image que nous avons de nous, souvent on me dit j’ai un manque de confiance en moi donc j’ai besoin de m’identifier.
Or, ce que montre Ensor, ce sont les obsessions de notre mémoire, ces résidus, qu’elle renvoie inconsciemment face à nos peurs profondes et dissimulées dans des figures en distorsion de nous-même.
Même regard sur nous, même déformation de nous-même, uniquement une projection de ce que nous croyons être et non de ce que nous pourrions devenir. Pour cela il nous faut reconstruire notre estime de nous, notre confiance en l’image que nous voyons et non pas celle qu’on désire nous faire voir.
Il s’agit ici de la fragilité de nos pensées et non pas de la solidité de notre soi. Et c’est là, qu’il nous faut œuvrer…
Restaurer la sécurité intérieure
Sortir de la dépendance affective ne consiste pas à devenir indépendant(e) à tout prix. Il s’agit avant tout de restaurer une sécurité intérieure.
Cela passe par :
- la reconnaissance des blessures relationnelles,
- l’apaisement par la gestion émotionnelle,
- l’intégration progressive de la mémoire traumatique,
- la capacité à se sentir en lien sans se perdre.
Lorsque la mémoire traumatique s’apaise, le lien cesse d’être une nécessité vitale. Il devient un espace de rencontre et de découverte.
Vers une relation plus consciente
Guérir ne signifie pas ne plus avoir besoin de l’autre. Guérir signifie pouvoir rester en lien sans s’abandonner soi-même.
Pour moi Claire Rivages, l’accompagnement vise à aider chacune à revenir sur sa propre rive, celle où la relation n’est plus une tentative de réparation, mais un mouvement vivant, choisi, sécurisant.
Comprendre le lien entre mémoire traumatique et dépendance affective, c’est déjà commencer à se retrouver.
Par mon activité, j’offre un espace d’accompagnement dédié à la reconnexion à soi, à la réparation des blessures relationnelles et à l’apaisement de la mémoire traumatique. Ici, chaque parcours est respecté dans son rythme, avec une approche sensible, sécurisante et profondément humaine, afin que le lien à l’autre puisse naître d’un ancrage intérieur retrouvé.


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